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 "Pour fuir les hommes, faut-il donc les haïr ?" ~ Alistair

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MessageSujet: "Pour fuir les hommes, faut-il donc les haïr ?" ~ Alistair   Lun 5 Sep - 18:43

    « Surprise ! »
    C’était ce que s’était exclamé William quand Heathcliff lui avait ouvert la porte de son appartement.
    « Merde ! »
    C’était ce qui aurait probablement échappé à Heathcliff en cet instant si sa bonne éducation ne l’en avait pas empêchée. A la place, il avait sourit, avait accueillit William chaleureusement et avait rendu son étreinte à Jane.
    Pour être surpris, ça, il l’était. Jane et William avait quitté Londres, comme à leur habitude, au milieu du mois d’août, c’est-à-dire à peu près un mois auparavant. Et à moins qu’on ne lui ordonne de rentrer, Heathcliff ne s’attendait pas à les voir avant Noël. Alors pour être surpris, ça oui, il était surpris. On pouvait dire qu’il n’organisait pas vraiment ses samedi comme des journées où il pouvait recevoir des visites, ils traînaient dans les endroits les moins recommandables de Londres et rentrait rarement avant quatre heures du matin. Autrement dit, là, ils tombaient mal.
    Heathcliff aimait beaucoup ses parents adoptifs, ils lui avaient apporté beaucoup, y compris, et surtout, un toit, une éducation, et de l’amour, ce dont il avait manqué cruellement pendant ses plus jeunes années. Cependant, il avait beaucoup de choses à faire depuis qu’il habitait la capital, et moins ils seraient impliqués, mieux ce serait. Et surtout, surtout, s’il pouvait s’imaginer qu’il menait une vie tranquille d’étudiant qui allait en cours, avaient des amis, sortait le soir… Ce n’était pas le cas, bien sûr. Mais ses parents adoptifs devaient absolument y croire, ce qui modifia notablement son emploi du temps du jour. Leur arrivé le mit dans un état de mauvaise humeur qui était extrêmement rare chez lui, mais il tâcha de le montrer le moins possible, d’avoir l’air charmant, serviable, et surtout, surtout, totalement ravi de leur visite. Fort heureusement pour tout le monde, Heathcliff avait un talent certain que sa bonne éducation ne pouvait pourtant corrigé : il mentait très bien. On ne pouvait pas le lui reprocher, c’était une technique de survit comme une autre, il n’avait pas spécialement envie de finir dans un asile, alors il faisait ce qu’il pouvait. Il n’était pas fou. Il avait simplement peur que les gens le pensent. Il était convaincu que les gens auraient peur. Pire, ils seraient dégoûtés. En vérité, Heathcliff ne le méritait pas, ce n’était pas sa faute. Mais il se sentait coupable, tellement coupable… Il évitait d’y penser, la plupart du temps. Cette seule idée aurait pu le pousser à se jeter dans la Tamise, peut-être. Mais ce n’était pas ce qu’il devait faire. Il devait se venger. Et pour cela, il devait rester vivant. Et ne pas être enfermé. Dans son malheur, il avait eut de la chance, il avait été adopté par une famille riche, une famille qui l’aimait pour ce qu’il était une famille qui ne posait jamais de questions à propos de son passé. Il avait les moyens de la vengeance. Ca l’arrangeait beaucoup, mais quand sa famille se mettait en tête de lui rendre visite sans prévenir, là, c’était gênant. Il avait organisé sa journée. Il allait devoir contrarier des gens qu’il valait mieux ne pas contrarier. Ce qui risquait de compromettre de futur recherches, de griller sa couverture, de faire sauter ses relations, bref. Avec toute la patience dont il était capable, il servit du thé à ses parents adoptifs dans le salon. Charmant, il s’assit avec eux, leur parla de l’université…
    Une heure après leur arrivée, William déclara qu’il était en fait venu à Londres pour affaire et qu’il devait s’absenter mais serait de retour pour l’heure du déjeuner. Heathcliff espéra un instant pouvoir être seul, mais c’était sans compter sur Jane, à qui il avait vraisemblablement beaucoup manqué et qui avait décidé de passer toute la matinée avec lui. Elle avait l’air de s’en faire une joie toute particulière et proposa immédiatement d’aller à Oxford Street. Heathcliff fut contraint d’accepter alors même qu’il rêvait de refuser : tout le monde était sur Oxford Street la plupart du temps, mais un samedi matin, ce serait pire encore. Ce n’était pas qu’il craignait les bains de foules, on pouvait dire qu’en vérité, ils l’indifféraient, mais il y était assez peu enclin ce jour-là, sachant parfaitement qu’il devait se trouver dans un tout autre endroit, à l’origine. Il retint un soupir, une flopée de juron, et attrapant sa veste, il ouvrit la marche, prétendant qu’il était ravi d’accompagner Jane pour tous les achats qu’elle envisageait. Ils devaient être nombreux, bien sûr, comme toujours. Elle l’entraîna tout le long d’Oxford Street, à savoir deux kilomètres et demi, pour prêt de trois cents magasins. Au bout de deux heures, Jane arriva finalement à la conclusion que, non, définitivement, il n’était pas possible de trouver quelque chose de convenable ici. Aussi, alors qu’Heathcliff était épuisé et ne rêvait que d’une chose : fuir et retrouver ses occupations habituels du samedi, qui certes, étaient loin d’être recommandables, mais qu’au moins, il jugeait supportables, Jane décida de se rendre chez Harrod’s, parce qu’elle était là sûr de trouver ce qu’elle cherchait. Heathcliff la suivit avec un sourire des plus courtois, alors même qu’il cherchait en même temps un moyen de fuir. Alors qu’ils venaient à peine de franchir la porte du magasin, le téléphone de Jane sonna : il était plus de midi, William était rentré à l’appartement et y avait trouvé porte close, ils les attendaient pourtant pour déjeuner car il devait repartir travailler tôt. Heathcliff échappa à son supplice pour en découvrir un autre. Il n’y avait rien de plus dur que de sourire et de prétendre être le plus heureux du monde, alors même qu’il avait prit de l’humeur, et ne savait comment s’en défaire. Pendant tout le déjeuner, il dû faire semblant. Mais alors que William annonçait que, finalement, il ne travaillait pas et qu’il pouvait donc rester avec eux, il eut soudain une idée. Une idée brillante. Il se leva d’un air désolé et prétendit qu’il avait des papiers à récupéré à l’université et qu’il devait absolument y aller maintenant. Assurant qu’il ne serait pas long, il les pria de rester dans son appartement jusqu’à son retour et, attrapant rapidement son trench, il sortit.
    Il n’avait pas pour but de vaquer aux occupations qu’il avait prévu à l’origine, seulement, il voulait prendre l’air et sortir, s’échapper pour ne plus avoir à prétendre qu’il était joyeux et heureux de voir ses parents adoptifs. Ca n’était pas vraiment le cas. Il les aimait beaucoup, mais ça n’était pas le cas. Il marcha au hasard des rues de Kensington, sachant pourtant avec pertinence que, où qu’il puisse aller, il ne se perdrait pas. Il n’arrivait pas vraiment à déterminer où est-ce qu’il voulait aller, aussi se contenta-t-il de marcher. Il était perdu dans ses pensées lorsque quelqu’un le heurta et s’en fut aussi vite que possible. Sentant un contact anormalement chaud sur son torse il baissa les yeux et s’aperçut que son superbe trench gris avait une énorme tâche de café. Cette fois, c’était fini. Il n’avait pas voulut se l’avouer jusque là, parce qu’il pensait que ça relevait largement de l’ingratitude, mais là, c’était trop. C’était définitif. Journée de merde. Il poussa un profond soupir et observant la rue dans laquelle il se trouvait et se dirigea vers le pressing, histoire de déposé son trench. Il sortit du pressing quelques minutes plus tard et se remit à marcher. Il n’était plus vêtu que d’un pantalon noir et d’une chemise blanche dont quelques boutons étaient restés négligemment ouverts : il ne mettait jamais de cravate lorsqu’il était de mauvaise humeur. Il faisait froid et la pluie menaçait, cependant, Heathcliff se dirigea vers Hyde Park. La campagne lui manquait souvent, et lorsqu’il avait envie de prétendre qu’il se trouvait encore dans le verdoyant Yorkshire, il se rendait à Hyde Park, s’asseyait dans l’herbe et lisait en regardant les fleurs. C’était aussi le seul endroit qui parvenait à l’apaiser lorsqu’il se sentait mal ou de mauvaise humeur, comme ce jour-là. Il était toujours content d’aller là-bas. Le parc était grand, de son appartement, il en avait une vue imprenable. Un léger sourire vint égayer son visage lorsqu’il franchit la grille du parc. C’était le seul endroit attaché à ses souvenirs d’enfances qui ne lui donnait pas envie de vomir lorsqu’il y repensait. C’était un bel endroit. Il n’eut pas à marcher bien longtemps pour retrouver son calme et sa tranquillité habituels. Parfois il se disait qu’attendre Noël pour retrouver la campagne serait sans doute trop dur. Il s’était habitué à cette vie de citadin, surtout parce qu’il avait vécu à Londres une grande partie de sa vie. Mais lorsqu’on goûte à une si grande liberté dans une si belle campagne, y renoncer pour un objectif aussi désagréable et douloureux qu’une vengeance, c’était difficile. Il prétendait s’en accommoder fort bien. C’était en partie vrai, mais il avait des périodes où il regrettait d’avoir quitté cet endroit, plus qu’au d’autres moments. Cela lui manquait terriblement, parfois, de se sentir aimé et dans un endroit où il se sentait en sécurité. Ici, il n’était pas en sécurité, pas avec ce qu’il cherchait, pas avec ce qu’il voulait faire. Ici, aucune personne qui aurait pu décider de le fréquenter ne pouvait espérer d’être sauf… Après avoir marché un long moment, perdant la notion du temps, oubliant que les Ambrose l’attendaient dans son appartement, il décida de s’arrêter. D’habitude, il s’asseyait dans l’herbe, mais celle-ci était humide, et le cuisant souvenir d’un café renversé sur son trench le fit s’asseoir plus sagement sur un banc, sous un saule pleureur. Il tira de sa poche un livre de Lord Byron et se mit à lire, avec sur son visage ce sourire heureux du jeune homme qui en lisant, voit entre les lignes…



Dernière édition par Heathcliff Ambrose le Dim 9 Oct - 10:14, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: "Pour fuir les hommes, faut-il donc les haïr ?" ~ Alistair   Mer 7 Sep - 19:06

Gratter. Ou plutôt, frotter. Oui, c'est plus quelque chose qui frotte. Un bruit étouffé, régulier, stoppé parfois. Il s'intensifiait de temps en temps, pour reprendre un rythme plus doux, moins effréné. Qui s'assimilait déjà moins avec une course contre le temps. Non, c'était à ce moment, plus quelque chose comme… Un parallèle. Un bruit parallèle au monde, qui permettait de n'être pas en dedans, ni même à sa surface, mais au-delà. De façon à ne pas vraiment l'observer, mais plutôt à ne plus en être, à ne plus s'en souvenir. Un bruit qui mènerait ailleurs, qui amènerait la lévitation de soi, là, juste au-dessus de ce monde, enfermé dans sa kinésphère. Oui, c'était un bruit comme cela, lorsqu'il n'était pas amplifié. Cela semblait calmer, apaiser. Comme si grâce à ce son, on parvenait à être quiet et à trouver le repos. Pourtant le geste était vif et attaquait, il était mû par un besoin presque sauvage de jeter sur cette feuille une sorte de frustration interne, qu'il fallait absolument rejeter, à on ne savait quel prix – et sûrement valait-il mieux ne pas le savoir. C'était, semblait-il, de la colère projetée sur du papier vierge, de la colère qui noircissait une blancheur immaculée, comme pour la détruire, l'effacer, afin qu'elle ne soit plus. De la colère qui noircissait de la blancheur, pour la tuer. La prendre par la gorge et l'étrangler, des mains autour d'un cou et qui serrent, serrent, serrent, ce cou qui se rétracte et cette langue qui sort de cet immonde et rose gosier, une langue qui sort et un cou qui se rétracte, un bruit laid et sans musique, un son, une apostrophe, qui suppliait, mais inutilement, bien que désespérément.
Mais ce n'était aucunement de la frustration ou de la colère. Il s'agissait d'autre chose, une autre chose qui n'était pas nommée, parce qu'on ne voulait pas, qu'elle ne voulait pas être définie, d'autant que ça ne l'aurait pas fait disparaître. C'était une autre chose que cette chose qui remplissait de noir une feuille blanche. C'était une peur ou de la folie : cela, c'est ce que certains s'étaient entêtés à dire, quand ils s'étaient bornés à vouloir l'identifier. Ils avaient aussi eu toutes sortes d'analyses sur cette apparente noirceur. Comme quoi elle représentait le traumatisme de l'oubli et, ainsi, du noir visualisé des mois durant. Comme quoi elle était la trace des pulsions malsaines qui cohabitaient en l'esprit. Comme quoi elles étaient la vision du monde qu'avait ces yeux. Comme quoi elle dénotait de la Terreur que ressentait le sujet envers la société. Comme quoi elle signifiait la crainte que le patient éprouvait envers son passé, auquel il n'attribuait qu'une « couleur », celle qui était la plus sombre, et qui ainsi disait le refus affectif, ou même sanguin, familial, social. Il y en avait d'autres, des tas d'autres. Mais qui cela intéressait-il ? Des docteurs ? Des penseurs ? Des psychologues ? Des psychiatres ? Des psy par dizaines, c'était cela ? Des psy ?
Pas lui.
Lui il n'en voulait pas. Lui il ne voulait rien de tout cela. Il n'y entendait rien. Il goûtait simplement à ses doigts qui sur le Canson et au fusain qui peu à peu développait des figures ou bien des songes sur les grains du papier, laissant comme une trace volage sur l'épaisse feuille, que d'un souffle on aurait pu ôter. Comme de la poudre de graphite qui s'envolerait face à une brise. Ce n'était pas une activité qu'il avait pratiquée depuis des années et des années. Le dessin, ce n'était pas ancré en son âme, ça ne faisait pas partie intégrante de lui. Il avait simplement trouvé un jour du fusain et une feuille, et il avait commencé. À partir de là il avait continué. C'était peu après son arrivée à Londres, pour tromper ce qu'il y avait à tromper, dans un endroit où il ne devrait pas être, empilant alors par dizaines des feuilles, jusqu'à constituer des classeurs, puis remplir des cahiers. Ainsi, il avait désormais des cahiers qui s'enfonçaient sous les lettres, d'autres qui coulaient sous les images. Ça ne servait peut-être à rien, ça ne trompait sûrement personne. Mais il n'en finissait plus de noter et d'inventer, de créer et d'esquisser. Un moyen pour aller ailleurs. Chacun sa méthode. Il y a quelques temps, il avait eu des techniques beaucoup plus extrêmes. Ça ne l'avait pas mené bien loin. À moins que ça ne l'ait mené trop loin, justement. Désormais, il achetait des carnets. Pour l'instant, ça fonctionnait. Et c'était tout ce qui comptait, n'est-ce pas ?
Ce bruit frénétique du fusain – toujours le fusain – était soumis à l'œil observateur de l'homme derrière le bruit, sans qu'Alistair n'y prête attention. Il avait depuis longtemps cessé d'y prêter attention. Il acheva son croquis, le laissa sur le luxueux secrétaire et sortit. Sans un mot. Il n'y avait pas eu un seul mot. À quoi bon ?


L'air lui rappela qu'il y avait dehors toute une fourmilière en expansion. Pour se défaire des bruits incommodes de la ville, il commença à marcher, descendant Bayswater Road. Il aurait pu prendre le bus, mais être coincé entre des gens, ce n'était pas ce qu'il préférait. Alors il allait seul sur le bitume d'une rue de Kensington, vêtu d'un simple pantalon bleu foncé, de boots en cuir marron qu'il traînait depuis trois ans, d'une chemise gris anthracite, et d'un gilet de coton fin ainsi qu'un foulard qui étaient de la même teinte que son pantalon. C'état sobre, un peu décalé dans certains endroits du quartier, où tous affichaient leurs vêtements de haute couture, mais il ne s'en préoccupait nullement. Il y avait simplement ses reflets roux qui à cause du soleil se manifestaient, ces satanés reflets qu'il haïssait. Non pas parce qu'ils trahissaient ses origines irlandaises (il aurait pu aussi bien être écossais), mais parce que c'était une trace, une foutue trace, qui lui disait à chaque fois « si t'es là, c'est parce qu'avant, y'a eu la cinglée et la lâche » et à chaque fois que le soleil enflammait ses cheveux, c'était cela qu'il dénonçait. Quelque chose qui enrage. D'un côté, ça lui permettait de ne pas oublier. Mais passons. Il avait passé une heure dans un endroit où on attendait que cela : qu'il en parle. Et il n'avait jamais voulu satisfaire cet inutile besoin. Il ne comptait pas le faire à l'instant, pas même pour lui.
Ses pas le menèrent à Hyde Park, là où il se trouvait avant son rendez-vous. Il faisait tout pour y arriver en retard, mais il s'était rendu compte qu'il serait bien trop en avance s'il continuait, aussi s'était-il posé quelques instants sur un banc. Le temps d'être en retard.
Seulement, il avait oublié un texte de théâtre dont il avait besoin pour les cours, lorsqu'un inconnu était venu lui demander l'heure et qu'il était alors parti également, aussi se dirigea-t-il à l'endroit où devait se trouver son livre.
Alistair ne regardait ni les fleurs ni les arbres, il ne se préoccupait pas de leur possible beauté. Ses mains étaient souillées, son regard était sans lueur, que voulez-vous qu'il trouve à des plantes ? Elles ne l'intéressaient que lorsqu'elles pouvaient servir ses intentions.
Sur le banc, il y avait désormais un jeune homme. On pourrait croire qu'étant plutôt du genre associable, il rechignerait à aller vers l'inconnu. Mais il ne s'en embarrassa pas et alla vers lui, lui demandant :


« Il y avait un livre ici ? »

C
ette phrase sonnait comme une affirmation. C'était pourtant une question. Elle avait été dite de cette voix ni froide ni chaude, ni plate ni vive, un ton sans rien, sans même une quelconque neutralité. Dans cette question, aucune marque de politesse. Parce qu'il avait été habitué à aller au plus efficace. Le plus efficace ne s'empêtrait pas dans des « excusez-moi ». Il allait à l'essentiel. Ce n'était pas qu'Alistair était impoli. Il saluait et remerciait. Mais certaines formulations étaient laissées de côté.
Il avait passé plus de neuf ans à parler efficacement, uniquement pour l'utilité, en trouvant normal de ne pas recevoir de réponse ou seulement des négations ou affirmations, si ce n'était pas lui qui fournissait ce genre de réponses. Ce n'était pas parce qu'il était désormais inscrit à l'université que tout allait s'envoler d'un coup. On ne fait pas d'un fou un homme courtois au simple contact de la société. Et il paraîtrait même que « les fous rendent fous les sains d'esprit ».

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MessageSujet: Re: "Pour fuir les hommes, faut-il donc les haïr ?" ~ Alistair   Jeu 8 Sep - 17:59

    Quiconque n’est pas passionné de littérature ne pouvait comprendre ce que ressentait Heathcliff en ce moment. Il était absorbé par sa lecture. Il faut aimer lire au moins autant que lui pour comprendre la sensation que peut procurer une bonne lecture. Lire et écrire. C’était sans doute es deux seules choses qui avaient évité à Heathcliff de sombrer dans la folie, les deux seules choses qui avaient évité à Heathcliff de sombrer dans la folie, les deux seules choses qui avaient sauvé son âme. Dès son plus jeune âge, il avait aimé lire. Il choisissait selon ses goûts, et l’on jugeait rarement ses goûts convenables pour un jeune garçon de son âge. Ce n’était pas les livres qu’il aimait, c’était la littérature. Il voulait lire des grands auteurs quand bien même on considérait que, pour son jeune âge, c’était pure déraison. Il lui importait peu de savoir ce qui était convenable, il avait soif de savoir. Il dévorait les ouvrages, seul. Il entrait dans un autre monde, un monde d’une autre sensibilité, un monde à la musique si particulière où chaque mot, chaque syllabe comptait, comme des notes qu’on égrène doucement sur le clavier d’un piano. On disait qu’il y avait en lui ce côté sombre et silencieux, celui qui le faisait être silencieux pendant des heures. Il avait la réputation d’un enfant mystérieux, dont le visage semblait toujours si fermé, mais qui parfois s’illuminait seul d’un sourire que personne ne savait comprendre. C’est ce doux sourire qui vient parfois aux lèvres du lecteur aguerri qui, au travers de mots qui paraissaient sans saveur, parvient à trouver le sens caché et à lire entre les lignes. Le mystère chez les enfants provoque l’effroi chez les adultes. Pour quelle obscure raison un enfant de huit ans pouvait-il rester calme et muet pendant des heures, pour soudain se lever et s’enfuir, disparaître des regards comme une bête effarouchée ? Ne point trouver d’explication, c’est ne point chercher vraiment et il eût été aisé pourtant de deviner. C’était échapper du monde pour échapper à l’horreur, car si l’enfant a des secrets, c’est qu’il a peur. Dans ce monde sombre et froid dans lequel il avait été contraint de vivre, la littérature était un éclat de lumière, une source inépuisable de chaleur, tout ce qui pouvait le plus ressembler à une mère. Oh, il était malsain, disait-on de lire Baudelaire à cet âge ? Qu’en savait-il, de ce qui était malsain ? Qu’en savait-il, de ce qu’il avait vécu ? Ce pauvre enfant là portait la culpabilité comme un adulte l’aurait fait, et ce fardeau, qui n’était certainement pas de son âge, il venait le déposer aux pieds d’une mère indulgente, qui lui offrait l’oubli, et mieux encore, un nouveau monde. Il n’est pas d’homme qui aurait eut le courage de refuser. Il était si doux de plonger dans un univers où l’homme était bon et vertueux, ou bien dans un monde où les hommes étaient plus infâmes encore qu’il ne les avait lui-même connus. C’était le soulagement d’un cœur, qui, s’il avait eut le choix, eût été délicat. Sous l’objet ordinaire, il y avait l’échappatoire suprême. Il est si facile d’oublier qu’un livre est avant tout un objet, que cet objet lui-même, raconte une histoire. Heathcliff aimait toucher les livres, laisser bruisser les pages pour qu’elle raconte l’histoire du papier, ouvrir à n’importe quelle page pour sentir l’odeur que le livre dégageait. Les livres ont une odeur, les livres sentent les souvenirs. Certains livres ont l’odeur de ceux qu’on retrouve un dimanche d’automne pluvieux. Certains ont l’odeur des livres qu’on ouvre peu souvent, ceux dont les pages sont jaunes et craquent quand on les tourne et qui sentent l’humidité. Certains ont l’odeur de l’enfance, quand on fouille dans un grenier et qu’on trouve des livres pleins de poussières que personnes ne lis plus. Certains livrent sentent la pluie, et d’autres, l’odeur des fleurs séchées qu’on a laissé à l’intérieur. Certains sentent la neige, l’hiver et le froid. Certains sentent la chaleur des grandes journées d’orage. Certains sentent la misère, parce qu’ils n’ont pas d’histoire, et personne ne les lis. Heathcliff savait l’histoire de chaque livre, avant d’en connaître le contenu, et personne ne comprenait pourquoi, parfois, il restait assis, les yeux clos, un livre ouvert devant lui.
    Mais dévorer des livres, n’avaient plus suffit, parce qu’il fallait plus que cela pour calmer cette chose qui rugissait en lui, qui rêvait de sortir, qui n’y parvenait pas. Alors il s’était mis à écrire. Il écrivait, des pages, des pages et des pages, et puis il les brûlait, que personne ne les lise. Noircir des pages et des pages de sa belle écriture, c’était une façon de soulager son cœur, comme un prélude de vengeance. C’était le chant de la revanche. Noircir des pages, pour clamer la rage la frustration. L’encre qui coulait, c’était les larmes qu’il ne versait pas. C’était la revanche de l’ombre, celle qui ne blessait personne, celle qui, peut-être ne blesserait jamais que lui. Plus il écrivait, plus le ressentiment grandissait, et plus il grandissait, plus il devait écrire. Sa chambre était inondée de feuilles, qu’il corrigeait, puis brûlait consciencieusement, n’en laissant aucune trace. Ces histoires-là ne servaient que son âme, personne n’avait besoin de les lire. Il valait mieux éviter qu’on ne découvre cette fiction-là, elle paraissait bien trop réaliste, et elle faisait le récit de quelque chose de bien compromettant. Panser les blessures du cœur, c’était le but absolu de l’écriture. Elle ne réussissait sans doute pas à effacer les souvenirs. Le bain de sang, c’était une blessure vive encore. La vision terrifiante de cet appartement vide et pourtant si plein, plein d’horreurs, plein de peur, pleins de larmes, et finalement, plein de sang. L’encre tache, sans doute. Le sang plus encore. Le papier était un confesseur muet et docile, qui jamais ne réprimandait, mais toujours écoutait. L’histoire contée, si horrible qu’elle fut, avait sa poésie macabre. Sombre et sordide, atrocement belle. C’était comme vomir sa fureur et son dégoût de lui-même sur le papier, dans un flot sombre et intarissable. Des lettres, des mots, des phrases, des pages entières, autant dire des morceaux d’âme. Ecrites, écrites avec frénésie, écrites pendant des heures, des jours sans sommeil, et puis brûlées, et plus jamais aucune trace. De la sueur, de l’encre, de la fureur, et puis des larmes, des larmes enfermées mais écrites sur papier, papier parfumé, papier brûlé. Des feuilles qui s’assombrissaient d’histoire, des feuilles qui sentait la désolation, la culpabilité et la peur. Le talent a besoin du génie, mais non pas le génie du talent, et il y avait là un génie ardent qui dépeignais l’angoisse comme jamais on ne l’avait dépeinte, l’effroi dans toute sa superbe, et puis surtout, la lâcheté sans splendeur. C’était une exaltation malsaine mais ô combien nécessaire. Il fallait sauver par l’écriture ce qu’il restait de pur dans ce cœur souillé et lui offrir de sombrer dans le Léthé, oh, pour une heure seulement, mais si salvatrice… Rêverie pleine de noirceur, de bassesse, d’infamie, de laideur et de haine, rêverie d’horreur, mais mieux valait la songer que la vivre. C’était ce qu’il hurlait en silence sur ces pages : de la douleur et de la détresse. Mais ces pages même si douloureuses l’avaient sauvés, sauvé de la folie si proche, si proche qu’elle aurait pu l’atteindre. Repousser la folie par des mots qui lui sont supérieur, c’était ce qu’il faisait, des heures et des heures, depuis des années. N’y avait-il pas là même une preuve de folie ? Pas de cette folie là, celle-ci serait donc bien douce… Ne pas céder à la facilité, ne pas céder à la lâcheté. C’était ce dont il se souvenait quand il écrivait. Son cœur méritait assez de ne pas avoir souffert pour rien.
    Heathcliff, plongé dans son livre, était parti dans ce monde qui l’arrachait de l’amertume qu’il ressentait trop souvent. Pourtant il fut interrompu. C’était toujours désagréable, mais il revint vers la réalité sans se plaindre. Il leva les yeux et trouva en face de lui un jeune homme. Il était habillé simplement mais avec une certaine élégance. Le regard que lui jeta Heathcliff fut tout d’abord un regard surpris. C’était que le jeune homme avait posé une question sans préambule aucun. Ce n’était pas que c’était brusque ou que cela manquait de politesse, mais c’était surprenant, pour Heathcliff. Il était tellement habitué à la courtoisie et à la bonne éducation qu’il trouvait cette formulation simple et directe particulièrement étonnante. Il avait été habitué à ce qu’on lui demande comment il allait, si la santé de ses parents était bonne, si l’opéra de la veille lui avait plu, si ses études se passaient bien, , s’il s’accoutumait à l’humidité de l’air à Londres en été, s’il connaissait le taux du jour de la bourse de Paris, si son appartement était bien orienté, quel livre il avait lu dernièrement, s’il comptait aller à Deauville au printemps, si Jane avait acheté le nouveau sac Dior, si les affaires de William se portaient bien, si la présence de nouveaux venus dans les cercles privés de la capitale le gênait, et tout cela avant d’en venir à la question qui intéressait véritablement son interlocuteur qu’il avait levé la tête avec un léger sourire aux lèvres.

    « Non, il n’y avait pas de livre ici. »

    Il avait quant à lui refermé son propre livre qu’il avait posé sur ses genoux. S’il s’était retrouvé devant l’une des personnes qu’il connaissait, une de ces personnes de bonnes famille qui faisaient tant de manières, il aurait probablement formulé sa phrase autrement, mais il lui semblait absurde d’ajouter des choses superflu pour répondre à cette question si simple. Il eût été ridicule de faire de prendre un air courtois et de s’excuser en expliquant qu’il n’y avait pas de livre ici : n’importe qui aurait pu constater que le seul livre présent à cet endroit était celui qu’Heathcliff avait entre les mains quelques secondes auparavant. Il avait posé les yeux, calmement sur son interlocuteur. C’était un beau jeune homme qu’il n’avait jamais vu ici, mais il ne s’en trouvait pas surpris : Hyde Park était grand, c’était un parc publique, fréquenté par tous, et n’importe qui pouvait se retrouver du côté de Kensington sans pour autant y habiter ou passer du temps dans ce quartier. Il ne se demanda d’ailleurs pas s’il était riche ou pauvre : cela l’importait peu quand il rencontrait quelqu’un. C’était un réflexe qu’avait pourtant les gosses de riches, qui voulaient toujours se vanter, non pas de leur fortune, mais de celle de leurs parents, et qui cherchaient toujours à connaître l’origine sociale de leur interlocuteur. Quoiqu’en partie élevé dans la bonne société, Heathcliff n’avait pas pris cette habitude, ni l’arrogance que prenaient les autres. Il n’avait pas oublié d’où il venait véritablement. Il regardait le jeune homme à la fois avec attention et intérêt, quoique peu curieux de nature. Son regard brun croisa le regard bleu du jeune homme. Il eut une sensation étrange.


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MessageSujet: Re: "Pour fuir les hommes, faut-il donc les haïr ?" ~ Alistair   Mar 27 Sep - 16:14

La personne à qui il avait posé la question avait levé la tête et répondu. Quelque chose de simple et léger. Son livre refermé sur les genoux. Et des pupilles sombres, un regard dans lequel lui-même s'y retrouvait, pour avoir tant et tant croisé des yeux d'une noirceur sans égale. Le sien était un bleu figé dans du granit. Un bleu sans oscillations, sans hésitations. Aussi intense que clair, cependant. Son regard n'interrogeait pas, mais il ne disait rien non plus. Il se plantait fermement, tranchant, bien qu'étant sans âme.
C'était un contraste assez particulier, qu'il traînait de son enfance dans les nuits coupées par les hurlements et les apparitions, les jours qu'un couteau surplombait, menaçant, les craintes, celles des autres qui deviennent les vôtres, les vôtres qui se mêlent aux autres, toute cette folie qui grouille mais en silence, quelque chose de sourd qui bruisse lourdement et laisse une atmosphère pesante, une chape de plomb en permanence au-dessus de ces êtres, et une épée de Damoclès, qui pèse, et attend avec difficulté le moment où s'abattre, pour faire régner le Chaos, et sortir d'eux leurs démons qu'ils passent leur temps à retenir, et Dieu sait que c'est lourd, ce fardeau, ni sur leurs épaules, ni dans leurs cœurs, mais partout, tout autour d'eux et à l'intérieur d'eux, dans l'entièreté de leurs corps. Son regard il vient de là, même s'il n'en dit rien, parce que la folie, à tout dire, elle est silencieuse. La vraie folie est contenue, elle gronde et grandit, n'émergeant qu'une fois dans sa totalité. Et de nouveau elle se tapit, pour encore une fois s'élever, un jour, un moment.
Ce n'était pas que les yeux de l'inconnu rassuraient Alistair. Il n'y avait rien qui puisse le rassurer, et de quoi voulez-vous qu'il soit rassuré ? Non, c'était que ça lui était un peu familier, et on s'arrête là. Par ailleurs, le jeune homme avait un beau visage et était sûrement charmant. Et le sourire que lui avait adressé le lecteur confirmait cela : c'était un geste doux et agréable, quelque chose à quoi le pianiste n'était pas habitué, et qui en lui faisait toujours vibrer une corde qu'il ne connaissait que rarement, ce qui déclenchait une sensation étrange, comme une apparition fantasmagorique, mais réelle.


Il n'y avait pas de livre ici. Il l'avait donc perdu. Il irait plus tard en racheter dans une librairie, ce n'était pas très important. Il connaissait son texte et avait les photocopies des premiers actes, et ils ne travaillaient pour le moment que sur les actes I à III.
En arrivant dans le parc, il avait tout à l'heure remarqué un homme qu'il semblait connaître. Il ne lui avait pas fallu très longtemps pour savoir de qui il s'agissait, et il ne désirait pas lui parler. Or, s'il partait, il se retrouverait seul, et l'étudiant était sûr que le médecin viendrait le voir. Mais Alistair devait à tout prix éviter cette discussion. Il lui fallait rester avec l'inconnu, lui parler, pour faire semblant d'être occupé et indisponible. Il avait l'habitude de sortir des phrases, comme ça, surgies du néant et sans aucun sens véritable. Mais cela n'était valable qu'avec ses anciens « compagnons », avec les gens « ordinaires », il n'était pas possible de leur demander « Et la mer, elle va où ? » pour éveiller leurs sens. Cela ne servait qu'à les rendre méfiants et hostiles. Ce genre de phrases était bon pour les fous, qui erraient dans leurs pensées, et qu'il fallait en sortir, par quelque chose d'inattendu, quelque chose de différent, mais, aussi, de magique. Cependant, il devait engager une conversation. Quelque chose qui ferait que l'inconnu répondrait, détaillerait, développerait. Un tant soit peu. Quelque chose à quoi lui-même pourrait répondre. Un échange. Un échange suffisamment long pour que le médecin s'éloigne et ne vienne pas lui parler.
Alors il devait réfléchir à une question, et ô combien il n'en avait pas l'habitude. Le médecin devait absolument les croire camarades, deux jeunes hommes qui se connaissent et se parlent. Il était vraiment fichu sinon. Enfin, s'il n'y avait que lui…


« Qui est l'auteur de ton livre ? »

C
'était la question la plus stupide qu'il n'ait jamais posée. C'était lamentable. C'était ridicule. C'était affligeant.
Mais c'était nécessaire. Et la seule question à laquelle Alistair était sûr que l'inconnu réponde. Aussi n'avait-il pas eu le choix. C'était ça, ou le médecin. Et, soyons honnête : qui aurait envie d'expliquer à un médecin qu'il empêchait l'une de ses patientes de prendre ses médicaments en les volant pour ensuite les jeter chez lui ?


(Mon dieu. C'est minable. T__T)
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MessageSujet: Re: "Pour fuir les hommes, faut-il donc les haïr ?" ~ Alistair   Jeu 29 Sep - 18:42

    Heathcliff avait passé tout son temps à vrillé le jeune homme de son sombre regard, un sombre regard qui pourtant brillait d’intelligence. Après sa réponse, il avait poliment gardé les yeux fixés sur le jeune homme, pensant qu’il allait s’en aller. Il avait l’impression que le jeune homme avait la ferme intention de le faire. Cependant, il parla de nouveau. Il lui posa une question. Heathcliff avait l’habitude d’être poli, mais comme personne ne pouvait entendre ses pensées, il se permit de le penser. Sincèrement. Cette question n’avait absolument aucun intérêt. Si l’inconnu avait posé une question absurde, il aurait probablement beaucoup attiré l’attention d’Heathcliff. Cependant, sa question était d’une rationalité absolue et elle semblait tout à fait déplacée dans la bouche de ce jeune homme. De plus, le jeune homme qu’il avait en face de lui, quoique quelque peu étrange – bien qu’il n’ait trop rien à dire à ce propos, étant lui-même… un spécimen particulier – il lui semblait tout sauf stupide. Aussi, puisque le livre était posé sur ses genoux, s’il voulait en connaître l’auteur, Heathcliff ne doutait pas qu’il était capable de le lire de lui-même sur la couverture, fût-ce à l’envers. La bonne société londonienne avait doté Heathcliff d’un sens de l’observation remarquablement bon. A une réception, dans un coin, une coupe de champagne à la main, il observait les visages, et pouvait même, sur certains visages, deviné le contenu de sombres secrets jalousement cachés par l’aristocratie anglaise. Il avait très nettement observé le jeune homme qu’il avait devant les yeux. Il n’était pas exactement inexpressif, parfois des ombres passaient sur son visage, sans pour autant en révéler les plus profondes pensées, mais c’était suffisant. On aurait pu croire qu’il n’y avait rien à lire dans son regard, mais c’était faux. Heathcliff n’eût pourtant pas la volonté de s’attarder à l’observer. Fixer les gens avec insistance pendant un aussi long moment est très impoli, ce qu’Heathcliff n’était certainement jamais. Cela dit, il l’avait observé assez longtemps pour remarquer que sa réponse était parfaitement… absurde dans toute sa rationalité. Aussi lorsque le jeune homme prononça cette phrase fantastiquement ridicule, une réaction apparut immédiatement sur le visage du jeune homme. Heathcliff, qui, par politesse, avait perdu son regard sur autre chose reporta son regard sur le jeune homme. Il haussa un sourcil inquisiteur et un sourire dénotant d’un très grand amusement se dessina sur son charmant visage. C’était un sourire qui n’était pas impoli, c’était juste un sourire amusé. C’était un sourire qui apparaissait très rarement, pour ne pas dire jamais, et illumina ce charmant visage pour le rendre… beau. Enfin, il était beau, mais il devint beau d’une autre manière. Quelque chose d’indescriptible. Ce sourie aux lèvres, il finit par répondre :

    « Je pense qu’en fait, tu es plus intéressé par le fait d’échapper à quelqu’un dans ce parc que par Lord Byron… »

    Il avait fait preuve d’une franchise qui était rare chez lui, parce que dans son milieu, être franc, c’était être impoli. Cela dit, il avait parfaitement compris que la personne qu’il avait en face de lui se foutait bien des coutumes d’usages, alors l’étiquette, c’était pire encore. Il avait dit cela comme ça, parce que c’était comme cela qu’il le pensait, et que le jeune homme en face de lui n’était absolument pas du genre à se vexer. Ou alors, son sens de l’observation le trompait complètement, et dans ce cas, ce serait bien la première fois. Aussi, écarta-t-il cette supposition de son esprit. Il ne s’attendait pas spécialement à ce que le jeune homme se lance dans un long discours pour s’expliquer, cela aussi, il l’avait totalement exclu. Vu la longueur moyenne de ses phrases – sept mots comme record à battre pour le moment… – la longue tirade était à exclure. Il n’avait pas parlé méchamment, pas gentiment non plus, pas froidement, juste d’un ton neutre. Mais il avait toujours ce léger sourire qui illuminait son charmant visage alors que son regard pétillant de malice était fixé sur le jeune homme. En fait, ça ne le dérangeait pas spécialement de servir de diversion mais il ne le précisa pas parce qu’il pensait que ce qu’il avait dit, son sourire, son regard était assez explicite sur la chose. Peu importait qui le jeune homme voulait fuir, il pouvait bien l’y aidé, il n’avait rien d’autre à faire. Lui-même tentait de fuir William et Jane, il ne pouvait pas exactement reprocher à quelqu’un d’essayer de fuir quelqu’un, qui que cela puisse être. Cela dit, il se félicitait d’être une alternative particulièrement appréciable. Il était propre, et il sentait bon. Il ne doutait pas que le jeune homme eût pu rester en présence de quelqu’un de moins agréable, mais quand même. Il était un jeune charmant. Au bord de la folie, mais charmant. Obsédé par la vengeance, mais charmant. Charmant, vraiment.
    Heathcliff aurait sûrement du rentrer immédiatement à son appartement où il avait lamentablement abandonné ses parents adoptifs, mais il n’en avait pas envie. Il voulait rester là à réfléchir. C’était un bon endroit pour penser. Ca n’était certes pas la campagne luxuriante du Yorkshire du nord. Mais c’était mieux que rien. C’était plus calme que Picadilly Circus ou Regent Street. Il aurait dû rentrer, il le savait. Ca n’était pas de la lâcheté, mais ça ressemblait foutrement à de l’ingratitude. Mais ça n’en étais pas. Il ne voulait pas qu’on contrarie ses plans. Il ne voulait pas que qui que ce soit soit impliqué dans cette sombre histoire. Il ne voulait pas que qui que ce soit soit blessé par sa faute. Donc personne n’intervenait dans sa vie personnelle, il faisait ses petits secrets, il accomplissait sa vengeance, et il disparaissait en brisant suffisamment des quelques cœurs qui avait bien voulu avoir la folie de l’aimer. Personne d’autre ne devait être impliqué. Les gens refusaient de comprendre, oh oui, mais c’était dangereux. Bien plus que beaucoup d’autre chose. Etait-ce pourtant si dur à comprendre ? Il était dangereux.



Dernière édition par Heathcliff Ambrose le Dim 9 Oct - 10:15, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: "Pour fuir les hommes, faut-il donc les haïr ?" ~ Alistair   Lun 3 Oct - 17:53

Il faut bien s'imaginer cela. Un jeune homme qui n'a rien connu d'autre que la folie et des visages ou lointains, ou torturés. Qui chaque jour de sa vie a enduré des regards aliénés ou éteints. Qui les journées a connu le silence de ceux qui sont ailleurs, et la nuit, les hurlements des démons qui se réveillent. Il faut bien s'imaginer cela. Un jeune homme qui est un fou, un jeune homme qui n'a pas eu connaissance des peurs adolescentes, des craintes enfantines. Ne pas avoir peur de voir un enfant confronté au regard surgit du néant d'une fillette de son âge. Deux enfants qui n'en ont jamais été. Un silence pesant qui compte les secondes toutes les journées. Des crises à répétition, qu'il faut calmer. Quelques êtres de six ans, pour apaiser les terreurs d'une folle de quatre ans. Rien d'autre que de la terreur, des tortures, des damnés, des possédés, des aliénés, des hurlements, des silences qui ne laissent rien passer, des lames de couteaux, des fourchettes dans des paumes, des mots secs et sans émotion, des êtres insensibles, des esprits au-delà du monde, des âmes qui ont fui leurs corps, des automates, des pantins, des marionnettes, mais mobilisés par eux-mêmes, des maniaques, des chanteurs, des sculpteurs, des danseurs, des comédiens, mais tout ça, tout ça dans de la Folie, il faut bien vous figurer cela : des fous enfermés, des années durant, dans une maison de bois, comme une cabane, livrés à eux-même, qui ne connaissent rien d'autre que leurs démons.
Imaginez-vous que ce jeune homme soit lâché, au beau milieu d'une grande ville, au beau milieu de la société. Et une fois que le voyez, dites-vous que ce jeune homme se trouve face à un autre garçon de son âge et que ce garçon, tout à coup, se mette à
sourire. Quelque chose de franc et d'éclatant. Une sincérité inconnue et une beauté illuminante. Alors, pensez à ce fou. Pensez à ce fou et interrogez-vous : Comment peut-il réagir ?

Une simple question, d'une stupidité étonnante. Il n'était pas fait pour les banalités. Ni même pour les conversations.
Ou la normalité.
L'inconnu avait répondu. Visiblement il avait compris. Et ce n'était pas difficile. Alistair n'était pas le genre de type à sortir ce genre de phrase. Point barre. Même si rien ne disait que c'était un fou. Par ailleurs, c'était là toute la force des fous. Ne pas en être. C'était quelque chose qui n'était pas visible. Mais peu de gens parvenaient à l'assimiler. Comme si la folie s'inscrivait physiquement. Alors que la folie était quelque chose de psychique. Pourtant, chacun disait encore « Il a un visage de fou. » Mais la folie inscrite dans le physique ne se manifestait que lorsque le fauve était lâché. Et aucun fou ne relâchait sa folie comme ça, en plein jour, sans rien avoir prévu. La folie était tapie, au fond. À l'intérieur de soi. Et dans le cas du jeune Carewall, elle semblait même être dans les gènes. Alors vous n'êtes pas prêts de la voir sur son visage. Car il a un visage normal. Plus fermé que celui de la plupart des gens de son âge. Plus borné. Plus sombre. Plus hostile. Il avait un visage aigre. C'était vrai. Mais pas un visage fou. C'était en lui. Trop en lui pour que quiconque puisse le voir. Quiconque. Un fou qui ne sait pas cacher ou qui ne cache pas sa folie à la perfection est trop fou pour être un fou. Alistair était sous Contrôle permanent. Tout le temps. Il se contrôlait. Pas seulement à propos de la folie. Il ne faut pas croire. Ce n'est pas une cocotte-minute perpétuellement. Elle ne risque pas d'exploser au moindre relâchement. À propos de chaque émotion. De chaque geste. De chaque grain de vie. Un contrôle permanent. Qui ne permettait pas d'humanité. De toute façon, il n'y avait pas d'humanité là-dedans. Dès lorsque vous passez vos jours et vos nuits auprès de la mort, toute humanité vous est drainée. Il a passé quatorze ans avec Jude. Il n'est peut-être pas vide comme elle. Mais c'était partout de la glace. De la glace dans lui. Une énorme couche de glace. Des icebergs à n'en plus finir. Partout des flocons, des cristaux. Qui s'accrochaient les uns aux autres. Depuis des années et des années. Alors plus rien ne poussait. Tout ce qui avait commencé à naître était figé. Emprisonné dans des mètres et des tonnes de glace. Un paysage digne des pôles. Du Pôle Sud. Et peut-être qu'il n'y avait que de la glace. Parce qu'aucune mère n'avait donné ni son sein ni le biberon au nourrisson Alistair. Jamais. Alors peut-être qu'il y avait de la glace et de la glace et de la glace sur des kilomètres de sol vide. Et jamais personne n'ira vérifier. Autant s'enterrer vivant.
Il voulait échapper à quelqu'un.
L'homme en face de lui étira ses lèvres. Il se mit à sourire. Et puis il sourit. Ça aurait pu le frapper. Ou bien le laisser indifférent. Le poignarder. Le faire tomber. Au lieu de cela, ça monta. Quelque chose de doux, qui commence par le bas, par vos pieds. Et qui petit à petit, dans une tiédeur jamais ressentie, remonte. Vos chevilles, vos jambes, vos genoux, votre ventre, vos mains, votre torse, vos bras. Quelque chose qui montait en lui, avec douceur, avec une autre chose qu'il n'était pas encore possible de nommer, parce c'était jusque là inconnu, parce que c'était nouveau, parce que ce n'était pas suffisamment clair pour être identifié. Mais ça montait et lui, très lentement et très doucement, avec comme une tiédeur derrière, la même que les rayons du soleil le matin au printemps, et cela gagna un à un ses membres, jusqu'à pénétrer dans son esprit, tout en douceur. C'était un sourire. Un sourire qui allait, doucement, sur Alistair. Un sourire qui, calmement, se découvrait au comédien. Au musicien. Au cavalier. À l'escrimeur. Au fou. Au rien. À tout ce qu'était Alistair Ciaran Carewall. Un sourire. Quelque chose qu'il n'avait jamais vu. Pas avec ce ton-là. Il avait vu des sourires. Mais des sourires de fous, des sourires d'aliénés, des sourires de cinglés, des sourires de tarés. Des sourires d'absents, des sourires d'effrayés, des sourires d'épouvantés, des sourires de terrifiés. Des sourires de vendeurs, des sourires de marchandes, des sourires de secrétaires, des sourires de médecins, des sourires de psychiatres, des sourires de spécialistes, des sourires de blouses blanches. Mais pas celui-là. Pas celui qu'avait l'inconnu. Pas celui d'un jeune homme de son âge, qui lui souriait, naturellement. Qui lui souriait, sans rien derrière les yeux. Sans rien au-devant de lui. Un sourire. Un véritable sourire. Ce qu'Alistair n'avait jamais connu. Alors non il ne fut pas surpris, il ne fut pas idiot, il ne fut pas frappé, il ne fut pas effrayé, il ne fut pas perturbé, il ne fut pas désorienté, il ne fut pas colérique, il ne fut pas mauvais. Non. Cela n'atteignit pas son orgueil, cela n'abîma pas sa froideur, cela ne frappa pas son asocialité, rien, rien de tout ça. Parce que ça ne pouvait pas le blesser dans son orgueil, ce n'était pas contre lui ; ça ne pouvait pas faire fondre sa glace, elle était trop dure et ancienne pour qu'un seul furtif sourire ait une incidence ; ça ne pouvait pas le troubler, parce qu'il n'y aurait eu aucune raison qu'un homme hostile comme Alistair soit bouleversé par un sourire certes franc. Ce fut simplement quelque chose qui montait en lui, comme douceur, comme tiédeur, un voile sur une muraille de glace. Et c'était inconnu. Ce fut donc suave. C'était le premier sourire que voyait Alistair.
C'est ainsi qu'un fou a réagi. Il aurait pu réagir de mille autres façons. Ce fut celle-là. La véritable réaction. La vérité vraie. Comme un bonbon au miel que l'on suce. Comme le parfum d'une fleur de cerisier. Comme un chat que l'on caresse. Comme marcher sur des pétales. Une vérité vraie, l'espace d'un instant, un morceau de sincérité, qui atteint quelque chose à l'intérieur de nous, comme s'il le brisait, ce nous, et pourtant, c'est une partie du corps, une partie de l'esprit, qui quelques secondes s'illumine, devient plus sensible et est touché, là, comme un objet mis en évidence par un contour lumineux dans un dessin animé pour enfant. Quelque chose de doux et de calme. Qui était monté en lui. Un sourire.


« C'est exact. Aussi talentueux soit Lord Byron. »

C
'est ainsi ce qu'il répondit. Court, à son habitude. Car il ne faut pas s'embarrasser. Le nécessaire. Simplement le nécessaire. Et c'était déjà trop. Alistair avait un effort. Car il aurait dû dire « Effectivement. » Uniquement « effectivement ». Mais il avait dit « C'est exact. Aussi talentueux soit Lord Byron. » Il avait le choix : ou il faisait son possible avec les gens, ou il devrait lutter pour vomir des médicaments et ne pas oublier. Il ne voulait pas l'hôpital.
C'était le meilleur moyen d'y retrouver l'autre cinglée.

Tick, tock, goes the clock… Bientôt. Bientôt elle sortirait. Et il sentait un nœud se tordre dans son ventre. On les obligerait à une confrontation. Il refusait. Elle était l'autre cinglée. Rien d'autre. Quand elle n'était pas rien.
En répondant, le visage d'Alistair s'était comme transformé. On aurait dit qu'il avait souri. Un sourire de malice, en coin. D'amusement pour la perspicacité du jeune homme. Sauf que ses lèvres ne s'étaient pas étirées. Absolument pas. Et l'explication ne pouvait pas être remise à une quelconque étincelle dans son regard. Car ses yeux ne s'étaient pas animés. Ils étaient restés là, du bleu dans du granit. C'était simplement comme si on avait mis une bougie en-dessous du menton d'Alistair, et que son visage s'était éclairé. Mais éclairé était un mot trop fort. Alistair ne pouvait s'illuminer comme le sourire de l'inconnu l'avait fait. Il ne pouvait se magnifier tout à coup, au contraire du liseur qui avait fait éclater sa beauté, une rose qui s'ouvre, exactement comme une rose qui s'ouvre, mais une rose blanche offerte au soleil, qui irradierait : c'était cela qu'avait fait le visage du jeune homme lorsqu'il avait souri. Cela avait dévoilé sa beauté, qu'Alistair jusque là n'avait entrevue que vaguement, parce qu'il ne s'attachait pas à connaître le beau, mais avec ce sourire, oui, il avait vu les traits de cet homme s'intensifier et se parer d'une aura incroyablement belle. Il avait vu que l'inconnu était beau, d'une beauté sûrement étonnante aux yeux des autres. D'une beauté, tout court, pour Alistair. Mais lui… Lui ne pouvait pas et ne pourrait jamais faire cela. Son visage était ancré dans les ténèbres comme les racines d'un arbre centenaire dans la terre. C'était impossible. Alors il ne s'était pas éclairé. Il y avait simplement eu, furtivement, l'impression d'un sourire en coin, la lueur d'une flamme de bougie, quelques secondes, sur son visage. Sans que jamais ses lèvres ne se soient étirées, son regard animé.
Un discret regard en coin, à l'attention du médecin (il n'avait que faire de se cacher de l'inconnu, ils étaient en face l'un de l'autre, et Alistair n'était pas stupide), lui apprit qu'il était toujours dans les parages, semblant admirer les fleurs. L'Irlandais put donc voir ses doutes confirmés : le médecin l'attendait. Dès qu'il partirait, il serait poursuivi par cet homme.


« Mais je ne connais que peu Lord Byron. »

C
ette phrase signifiait : « Et la personne que je désire éviter est toujours là. » ; « Aussi j'aimerais beaucoup te déranger encore. » ; « Et avoir une sorte de conversation avec toi. » ; « Pour berner cette personne et qu'elle passe son chemin. » ; « Tu veux bien ? »
Il est évident qu'Alistair n'aurait jamais dit cela. Encore moins « Tu veux bien ? » Vous voyez cet escrimeur dire cela ? Non, n'est-ce pas ?
Alors ce fut une phrase simple, qui ne semblait pourtant rien signifier. Mais il était persuadé que l'inconnu comprendrait, parce qu'il avait déjà compris ce que d'autres n'auraient jamais compris. Et que son regard résonnait avec celui de James. De cela, Alistair était sûr. Il avait des yeux noirs. Et si elles étaient différentes, certaines ombres, il ne les avait vues que chez un seul être auparavant. Un seul petit enfant sculpteur. Bien que l'inconnu n'ait probablement jamais entaillé le parquet de sa chambre pour y graver quelques scènes… D'ailleurs, il avait l'apparence d'un riche, sans pourtant sembler en être pleinement. Il n'avait pas cette supériorité et cet air au dessus de tout qu'avaient les jeunes hommes friqués que le musicien avait pu voir lorsqu'il jouait du piano dans des hôtels aux mille étoiles. Il avait quelque chose de… Comme de
débraillé. Ce n'était pas exactement qu'il était débraillé. C'était simplement qu'il ne pouvait décemment pas être un gosse de riche pur et dur. Pas avec la façon dont il lui parlait. – Jamais aucun enfant si respectable ne lui aurait adressé la parole de cette manière, ne lui aurait parlé. – Pas avec ces yeux-là. Il avait toute l'allure d'un adolescent en culotte et dîners mondains. Tout le port d'un jeune homme élégant et respectable. Mais pas le regard d'un enfant né dans un palais.
Objectez donc qu'Alistair n'a jamais été un enfant. Contrez cela en disant que l'on ne doit pas se fier aux apparences. Vociférez en prêchant qu'il ne savait rien des règles et la destinée d'un « gosse de riche ». Osez dire que rien ne démarque les lycéens riches et les lycéens pauvres.
Alistair n'avait jamais été un enfant mais il avait vécu au milieu de gosses torturés. Il connaissait une adolescente qui avait encore quatre ans. Les apparences ne font pas tout mais les vêtements de l'inconnu disaient clairement qu'ils n'étaient pas achetés aux puces. Si la société lui était inconnue, il n'était pas idiot et travailler dans un palais, vivre la nuit dehors, suffisait amplement à comprendre les différences. Et surtout, les fous savent observer. Ils savent déceler ce qui cloche. Et sont souvent empathiques. Alors, si. Alistair trouvait au jeune homme quelque chose de
débraillé. Et il y avait dans son regard une trop grande profondeur pour qu'elle n'ait rien à cacher. Les pupilles d'un riche sont claires et leurs iris vous laissent tout voir, parce que tout est miroitant chez eux et qu'ils aiment faire flamboyer leur carrosserie. Alors que ferait un parfait riche avec un regard aux ombres silencieuses ?
L'inconnu comprendrait tous les sens cachés de sa phrase, parce que ce n'était pas quelqu'un de superficiel. C'était beaucoup moins et tout à fait au-delà de cela.
Le médecin semblait vraiment aimer les fleurs. Personne ne voulait l'y pousser ?



Dernière édition par Alistair Carewall le Ven 7 Oct - 17:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: "Pour fuir les hommes, faut-il donc les haïr ?" ~ Alistair   Mar 4 Oct - 19:37

    On dit toujours que les yeux bleus, sous prétexte qu’ils sont clairs, on peut tout y lire. Heathcliff pourtant avait plongé ses yeux dans le regard de l’inconnu et n’y avait rien vu. Il n’avait pas vu la clarté de son âme à travers ses yeux clairs. Il n’avait vu que quelque chose de froid, de glacial. Pourtant, il ne croyait pas pour autant que le jeune homme fût quelqu’un de froid, ou d’insensible. Il avait juste l’air de quelqu’un qui n’avait pas appris, dans une société convenable à s’ouvrir aux autres. Heathcliff avait été élevé dans un milieu privilégié, mais il en avait connu un autre, qui l’était bien moins, mais pourtant, même là, il avait appris à montré ses sentiments. Oh, bien sûr, il savait parfaitement les cacher, mais il savait les montrer aussi. Le jeune homme qu’il avait en face de lui ne semblait pas savoir les montrer. Pourtant, ce n’était pas non plus qu’il les dissimulait, c’était juste qu’il ne savait pas les montrer. Heathcliff ne savait rien de ce jeune homme, et pourtant, il était sûr d’une chose : s’il ne savait pas montrer ses sentiments, c’était parce que, là où il avait été élevé, ou plutôt, là où il avait grandi – une intuition quelconque le poussait davantage à penser qu’il avait grandit quelque part, plutôt qu’il n’y avait été véritablement élevé – il était sans doute nécessaire de ne pas montrer. C’était étrange, parce que les yeux d’Heathcliff, si foncés qu’ils puissent être, reflétait souvent ce qu’il pensait. Il le montrait avec beaucoup de bonne volonté la plupart du temps, mais parfois, il lui prenait de cacher ses pensées, si elles devenaient trop ombrageuses. Cependant, même si son regard se voilait, il y avait toujours un éclair vif dans on regard qui dénotait de son intelligence, ou tout au moins de sa perspicacité. Alors, doté de ce sens de l’observation indéniable, si Heathcliff n’avait pas pu déterminer ce à quoi pensait le jeune homme, il avait dénoté d’autres choses. Il savait sans aucun doute possible qu’il avait affaire à un jeune homme très intelligent. Il savait aussi que quoi que cela puisse être, le jeune homme cachait quelque chose. Mais il avait vu aussi passer quelque chose sur son visage. Enfin, pas vraiment. Il ne savait pas l’expliquer. Il y avait eu quelque chose. Quelque chose, qu’Heathcliff avait pris pour un sourire. Ce n’était pas comme si son visage avait bougé, comme si ses lèvres avait effectué un quelconque mouvement ou comme si son regard c’était illuminé. Ce n’était pas cela. C’était autre chose. Mais pour sûr, c’était ce qui ressemblait sans doute le plus à un sourire.
    Oh, Heathcliff en connaissait des tas, des sourires. Les sourires tordues, les sourires mauvais qu’il avait connu au tout début de son enfance, les sourires pour rassuré un enfant mais les sourires tristes. Les sourires justes tristes. Les sourires désolés. Et puis ensuite, les sourires bienveillants, les sourires réprobateurs à l’orphelinat. Les sourires d’enfant perdus, les sourires d’enfants moqueurs. Ensuite, les sourires pleins d’amour de ses parents adoptifs. Les sourires de tendresse et d’humour de Jude. Les sourires d’envies. Les sourires polis et pincés de la bonne société. Les sourires qui tentait d’être poli mais montrait clairement le dégoût. Heathcliff savait tout de ces sourires là. Certains étaient sincères, beaucoup était superficiel, mais en tout cas, il les connaissait tous. Mais un sourire comme celui-là, il n’en avait jamais vu. C’était comme un sourire intérieur. On sentait que quelque chose, au fond de ce corps, bougeait. Mais le corps en lui-même restait immobile et parfait.
    Plus Heathcliff observait le jeune homme, plus il songeait à son enfance. Pas celle dans le Yorkshire, pas celle à l’orphelinat. Avant. C’était drôle de revoir ça. Ca donnait une sensation étrange. Un mélange de dégoût et de mépris pour lui-même, mais une sorte fierté pour s’en être sorti tout seul. Enfin… Oui, tout seul. C’était le terme. Parce qu’à présent il était bel et bien seul.
    Il releva les yeux quand le jeune homme parla, et son regard, presque malgré lui, se mit à briller de cette lueur qui s’accordait si bien avec son sourire. Le jeune homme lui parlait en langage codé. Vous savez, ce langage que seul les gens doté d’une intelligence et d’un sens de l’observation très particuliers peuvent comprendre. Sous cette conversation littéraire anodine se cachait quelque chose d’autre, quelque chose de bien plus excitant. Il ne connaissait pas bien Lord Byron, vraiment ? Ce n’était pas grave, parce que Heathcliff était un très grand spécialiste, lui. Autrement dit, il allait sans problème pourvoir aux malheureuses lacunes du jeune homme et lui sauver la mise en lui tenant compagnie. Heathcliff était rarement intrigué, et pourtant cette personne avait réussit à éveiller en lui un soupçon de… De il ne savait quoi. Ce n’était pas de la curiosité. Ce n’était pas non plus de l’intérêt. C’était… quelque chose. Aussi se prêta-t-il gentiment au jeu consistant à prétendre qu’il discutait tout les deux bien gentiment de littérature, alors qu’en réalité comme deux bons amis alors qu’en réalité… pas du tout. D’ailleurs, Heathcliff n’était pas vraiment du genre à avoir des amis, donc la situation avait l’air vaguement improbable. Ah, et c’était sans compter sur son interlocuteur qui avait carrément l’air d’un asocial invétéré. Mais cela, ce n’était pas grave. La personne que ce jeune homme voulait fuir n’était pas supposée connaître quoi que ce soit de la vie d’Heathcliff, donc, il pouvait croire que c’était quelqu’un de particulièrement sociable. Bon, d’accord, la sociabilité ne se lisait pas vraiment sur son visage, à moins qu’il ne se trouve au beau milieu de la société londonienne, mais il avait sourit, ce qui pouvait faire croire qu’il se connaissait. Cependant, il était improbable de croiser un ami et de rester à discuter avec lui en étant debout, alors que lui-même était assis. Aussi Heathcliff attrapa-t-il doucement le poignet du jeune homme et le tira vers lui pour le forcer discrètement à s’asseoir à côté de lui. Heathcliff n’avait pas franchement l’habitude de toucher les gens comme ça. Ce n’était pas ce qu’on faisait dans son milieu, si l’on peut dire. Cependant, il doutait que le jeune homme soit du genre à se vexer, et en plus, s’il voulait vraiment éviter cette personne, il fallait tout de même qu’il fasse un petit effort. Aussi, Heathcliff se tourna-t-il le plus naturellement du monde vers ce jeune homme qu’il ne connaissait absolument pas pour entamer une conversation à double sens d’un très grand intérêt avec lui. Il s’était retourné avec une grâce tout aristocratique. Il avait cessé de sourire mais la lueur dansante dans son regard n’en disait pas moins. Il avait observé le regard du jeune homme aussi dit-il :

    « Lord Byron était un romantique, aussi consacrait-il beaucoup de temps à l’observation de la nature. »

    Ou, autrement dit : « Le type que tu veux éviter, c’est l’imbécile avec le nez dans les fleurs ? » Il n’avait même pas besoin de s’assurer que sa question avait été comprise, parce qu’il savait pertinemment qu’elle l’était. Il était agréable, pour une fois, de se trouver en présence d’un jeune homme intelligent et tout à fait à même de comprendre de très subtiles insinuations. C’était reposant d’avoir affaire à des personnes intelligentes à qui il ne fallait pas expliquer en long en large et en travers tout ce qu’on essayait de dire. En fait, il n’avait même pas besoin de dire quoique ce soit de clair. Le langage codé était beaucoup plus efficaces pour deux esprits particulièrement supérieur à la normal. Heathcliff se livra donc à un petit jeu, tout seul. Il fixa ses yeux sur la personne qui regardait les fleurs et dont il était sûr qu’il était celui que son interlocuteur voulait à tout prix éviter – quitte à devoir passer un moment en compagnie d’un inconnu, si charmant soit-il. Heathcliff avait donc fixé son regard sur l’inconnu, qui, lui, en revanche ne pouvait pas voir qu’il l’observait. Il ne tenta pas de déterminer son âge – quel intérêt ?! – mais davantage sa profession et son milieu social. A l’en voir, on pouvait constater qu’il faisait partie de la petite bourgeoisie londonienne, celle qui s’achetait des vêtements chers, même –surtout – lorsque c’était au-dessus de ses moyens, simplement pour montrer leur richesse, et le fait qu’ils étaient des gens de qualité. Il aurait aussi volontiers parié qu’il était médecin, et qu’il ne faisait certainement pas parti des services secrets de la reine vu sa capacité lamentable à espionner les gens. Aussi, il était sans doute très brillant en ce qui concernait la médecine –quoique... – en revanche, il n’avait pas l’air particulièrement futé, parce qu’Heathcliff, qui n’était absolument pas médecin, lui, était persuadé qu’il allait avoir un mal de dos terrible s’il persistait à rester penché ainsi sur des fleurs, au demeurant particulièrement quelconque.
    Heathcliff s’arracha à son observation pour reporter son regard sur le jeune homme, et ajouter, sans vraiment attendre la réponse à sa question précédente, qui s’avérait être davantage une affirmation qu’autre chose.

    « Byron avait même parfois recours à des processus très extrêmes. »

    Comprendre : « Est-ce que tu veux que je t’en débarrasse rapidement ? » C’était subtil, c’était brillant. Il avait reporté son regard sur le jeune homme, et celui-ci brillait d’une lueur de pure malice, quelque chose d’intense, mais assez amusé aussi. Cette journée s’était annoncé comme banale, puis carrément mauvaise, et il avait l’occasion de se lancer dans un petit jeu ? Parfait, voilà qui allait le remettre de bon… Hrm, mettons d’humeur raisonnable. Dire que la vie à Londres était monotone était un mensonge, surtout si l’on venait de la campagne. Heathcliff ne pouvait pas dire qu’il était particulièrement excité par sa vie dans la capitale, parce qu’il avait l’esprit beaucoup trop occupé sur quelque chose de particulier qu’il ne pouvait pas se laisser distraire. Mais puisque ce jour-là, son esprit ne pouvait pas s’occuper de ses affaires, pourquoi ne pas s’occuper, si superficiellement que cela puisse être, des affaires de ce jeune homme ? il était très chanceux d’ailleurs, parce qu’Heathcliff aidait rarement les autres. Pas par égoïsme, simplement, c’était quelque chose qu’il ne faisait pas. C’était ennuyeux. Aussi s’il s’était trouvé face à un jeune homme d’intelligence moyenne et parfaitement normal qui lui avait demandé de manière très direct de l’aider, il aurait haussé un sourcil et passé son chemin sans même daigner répondre. Ici, c’était différent. Il se trouvait face à quelqu’un qui, apriori, n’était pas normal, mais très intelligent. Et c’était un jeu qui commençait, et si cela impliquait une équation à trois chiffres, alors, oui, il voulait en être. Si cela lui permettait de s’amuser un peu et de fuir sa famille un moment, de changer d’air, de respirer, de réfléchir, il était partant, oh, oui, il était partant. Il planta son regard ardent et déterminé dans celui du jeune homme. The game is on. Do you wanna play ?


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MessageSujet: Re: "Pour fuir les hommes, faut-il donc les haïr ?" ~ Alistair   Ven 7 Oct - 19:08

Alistair n'avait jamais été à l'école. Pas au sens commun du terme. La majeure partie de ses cours étaient artistiques, sportifs. Du théâtre, de la musique, de l'équitation, de l'escrime. Il avait même dû faire de la danse les quatre premières années. « C'est nécessaire pour développer votre souplesse, votre aisance et votre rapport à l'espace. » avait-on dit. Et le jeune homme reconnaissait sans mal la véracité de ces propos. Il n'avait pas honte d'avoir été danseur, parce qu'il ne savait pas que l'on pouvait en avoir honte dans la société « normale » qui jugeait d'un œil – stupidement – risible les garçons qui dansaient, du moins du classique. Par ailleurs, ils ne s'en tenaient pas au classique. Ils avaient même commencé par le baroque, particulièrement développé sous Louis XIV en France. Le moderne avait suivi ces enseignements. Grâce à cet enseignement, les professeurs espéraient faire comprendre à leurs élèves l'importance des gestes, de ce que le corps pouvait traduire, de l'espace, du rapport au sol. Car, certes, ils passaient la plupart de leur temps à cheval en général mais il n'était pas rare de les voir prendre place sur la scène – à quoi aurait-elle servi sinon ? – et alors, ils devaient prendre conscience de l'espace du plateau. Mais tout cela n'était que pratique. Et s'il avait des cours théoriques sur l'histoire du théâtre et de la musique, ça ne pouvait constituer en un apprentissage basique. Cependant, ils avaient des cours classiques. La géographie, l'histoire, les mathématiques, les langues, la littérature… Tout cela leur était enseigné. Mais dans une moindre mesure, au vu du nombre d'heures occupées par les autres cours. Aussi l'intelligence du jeune homme ne pouvait s'y expliquer. Et elle se trouvait, aussi curieusement cela soit, dans la maison de bois. Il passait des heures à lire. Tandis qu'être et idiot et fou n'était vraiment pas conseillé quand on vivait dans une maison de fous. Aussi tous avaient-ils une intelligence particulière. Ou particulièrement aiguisée. Alistair, qui avait su accepter et s'adapter sans le moindre effort à la politique implacable de Jude, n'en avait pas été pour autant soumis et faible. Au contraire. Cela l'avait affirmé. Son esprit s'était plié à l'exercice de la compréhension d'un monde de silence et de non-dits, où les murmures étaient des révélations et les mots des trahisons. Si la réponse n'était pas dans les regards, elle était dans les gestes. Mais des gestes subtils et rapides, furtifs, qui eussent été invisibles pour autrui, n'étant pas habitué à une atmosphère aussi pesante et austère. Des gestes souvent absents, car ils demeuraient la plupart du temps dans un contrôle sans disgrâce : rien, il n'y avait rien. Si Lou-Ann était dans un perpétuel balancement, si James sculptait sans arrêt, c'étaient des gestes répétitifs. Ils n'étaient pas désemplis de signification, certes, mais leur perpétuité ne signifiait rien dans un instant présent. Alors, puisque les gestes, quand ils étaient, étaient souvent peu fiables lorsqu'ils étaient habituels, si les regards étaient trop loin, trop absents, ou trop hermétiques, il ne restait que les mots. Mais les mots, là-bas, étaient à double-sens. Leur apparence trompait toujours. Il fallait les peser, sans cesse. En ressentir les deux tranchants. Le sens caché. Surtout avec Jude. Par ailleurs… Jude était celle qui parlait le plus. Or, Jude ne devait pas dire plus de dix mots en une journée. – Si on exceptait les chants de Hope. Aussi, seul le silence trahissait la vérité. Ils usaient de ce qu'ils ne disaient pas comme de paroles. C'était cela qui leur permettait de communiquer. C'était cela qui avait développé l'intelligence d'Alistair, autant que ses lectures, qui, elles, l'avaient instruit. Alors cette conversation, c'était retrouver un terrain familier, dans lequel il ne se sentait pas, paradoxalement, obligé de faire semblant. Il n'avait pas besoin de se forcer pour répondre, pour analyser les paroles de son interlocuteur. C'était évident. Cette intelligence subtile était un moyen de communication dans lequel le pianiste était à l'aise. Et… C'était presque amusant de se retrouver au beau milieu de Londres, en train de parler à un pur inconnu, d'un indésirable. Enfin, de Lord Byron, évidemment. Qui, avec ses découvertes florales, avait dû être indésirable à un moment ou un autre dans l'Histoire. N'est-ce pas ?

« Je crois que certaines personnes de mon entourage se seraient fort entendues à discuter botanique avec ce Lord Byron. Dommage qu'elles ne l'aient pas connu : ses travaux les auraient intéressés assurément. »

C
ette manière de parler, c'était retrouver une aisance dans le langage, dans l'aptitude à communiquer. Elle était naturelle, presque innée chez Alistair, tant il ne savait que la manier. Il avait ainsi pu exploser son score et battre son record ! Trente-deux mots, messieurs dames, trente deux ! Qui dit mieux ?
Car il ne s'agissait plus, là, de ne dire que le
strict nécessaire. Il s'agissait de sous-entendre. Et c'était radicalement différent.
Cela faisait longtemps qu'il n'avait connu d'amusement, mais cette rencontre lui en faisait retrouver la saveur. Je vous l'accorde. On ne peut tout à fait lier « Alistair » et « amusement ». Mais il est des circonstances où le jeune homme avait su trouvé quelque malice, même s'il vaut mieux ne pas s'étendre sur lesdites circonstances. En revanche, à l'instant, on n'aurait rien su lui reprocher : cette rencontre atypique était exempte de caractère malsain. C'était même assez étrange. Lui, Alistair Carewall, discutait avec un inconnu, qui, s'il semblait plus ouvert que lui, ne paraissait pas pour autant être un fana de relations sociales. Le type là-bas avec ses cheveux méchés, ce qui avait créé en lui un tic qui consistait à bouger sans arrêt sa tête pour remettre sa mèche en place, ses yeux globuleux qui le faisaient passer pour un crapaud, sa fausse élégance moderne, avec son slim blanc, ses baskets, sa chemise sous un pull, était sociable : pour la simple et bonne raison que tout dans son allure indiquait qu'il désirait s'intégrer à la société, en être, y vivre, avoir des relations sociales, des liens, des personnes à qui parler. Mais le jeune homme en face de lui respirait autre chose. Il semblait réellement raffiné, au contraire de ce bourgeois aux allures de riche, et pas le moins du monde intéressé par les gens parce qu'il ne devait pas craindre de se retrouver seul. Le crapaud globuleux, si. L'inconnu intelligent, non. Et pourtant, ils discutaient. Lui, l'asocial invétéré, et l'inconnu subtil. Une discussion peut commune, une discussion qui n'en était pas vraiment une, pour quiconque d'intelligence moyenne. Mais il était indéniable : leur esprit était supérieur à la moyenne. C'était sans vantardise. C'était la simple constatation. La subtilité de leur conversation en était la preuve. Leur compréhension aussi.
Et quel autre esprit aurait pu comprendre que le liseur proposait à Alistair
d'employer des moyens extrêmes envers l'homme qui observait les fleurs. Et qui aurait pu suivre le regard d'Alistair aussi bien, jusqu'à comprendre que l'indésirable était auprès des fleurs ? Personne, sinon eux.
Le jeune Carewall fut d'ailleurs presque surpris, bien que rien ne le montra – son contrôle était permanent, parce qu'il était en lui, parce qu'il était lui, de la proposition de l'inconnu. Ainsi il voulait l'aider à se débarrasser de ce médecin ? À tout dire, ce n'était pas de refus. Alistair n'était pas habitué à se faire aider. Il ne demandait
jamais d'aide. Mais son aversion n'était pas aussi forte que celle de Jude, il ne faut pas pousser. Aussi sur son visage, eut-il encore ce flottement de sourire, insaisissable, volatile, qui semblait refléter un certain amusement, une malice, voire une ironie.

« J'aurais été vraiment curieux de voir quels étaient ses moyens. Il est décevant de n'en plus rien savoir aujourd'hui. À moins qu'il subsiste certaines personnes connaisseuses des méthodes de Lord Byron ? »

C
'était une invitation. Une réponse ouverte à la proposition de l'inconnu. Pour qu'il ait encore le temps de se rétracter s'il jugeait que finalement, il n'avait plus le cœur à ce jeu et ne souhaitait plus perpétuer les moyens extrêmes de l'auteur en ce temps. Un jeu, car ce n'était rien d'autre qu'un jeu n'est-ce pas ? Pour tous les deux, il s'agissait là d'un divertissement. Spécial, incongru. Un divertissement à leur hauteur. Malicieux et habile. Raffiné. Auquel Alistair se prêtait volontiers, aussi étonnant soit-il. Mais il n'avait pas rencontré de personne faisant preuve d'une intelligence semblable à celle du jeune homme depuis son arrivée. Et pourtant il était là depuis deux ans. Oh, évidemment, avant, ce n'était pas comparable, en réalité. Mais tout de même. Les étudiants lui semblaient parfois manquer d'esprit. Pourtant, il n'était pas le plus brillant – et, surtout, il ne voulait pas. Se faire remarquer était la dernière chose à faire. Personne ne devait lui prêter attention. Il se refusait un tel contact. Être brillant, c'était être mis en avant. À partir du moment où vous étiez mis en avant, votre vie était retournée dans tous les sens, et ce n'était certainement pas ce qu'il lui fallait. Alors il travaillait, mais sans effort. Pour avoir les notes nécessaires. Bonnes, sans être exceptionnelles. Dans une norme qui n'attirait pas l'attention. Mais même parmi les brillants, il trouvait des esprits qui semblaient peu perspicace par moments. Pas tous évidemment. Mais certains. Ceux qui devaient leur succès à leur maîtrise ordonnée du travail scolaire. Aussi avait-il décider de se laisser aller à cette parenthèse. Cet entre-deux dans sa vie banale d'Irlandais Londonien. Un temps, sans avant ni après. Juste un instant. Saisi sur le vif. Parce que ce n'était qu'un jeu, qui bientôt aurait sa fin, et les chemins des deux pions ne se recroiseraient jamais, n'est-ce pas ?



Dernière édition par Alistair Carewall le Mar 25 Oct - 9:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: "Pour fuir les hommes, faut-il donc les haïr ?" ~ Alistair   Dim 9 Oct - 11:14

    Heathcliff se souvenait de ses journées à l’orphelinat. Il se souvenait des deux années qu’il avait passé là-bas. Il était au milieu d’enfants qui étaient malheureux. Ou du moins, savaient qu’ils auraient pu être plus heureux. Dans ce milieu ou les enfants étaient moroses et recevait une éducation des plus médiocre, il était impossible de concevoir qu’un enfant ait la soif d’apprendre quoi que ce soit. Ils allaient à l’école, mais on les laissait jouer et « s’épanouir » comme ils le désiraient. Il était de très mauvais goût d’être intelligent. Pourtant, Heathcliff, parmi tous ces enfants avaient le désir de connaître des choses. Il voyait ces enfants et admirait leur grande lâcheté. C’était si facile de s’asseoir dans un coin et d’attendre en espérant qu’on vienne vous chercher et qu’on vous emmène dans un endroit merveilleux. Mais c’était dangereux. Heathcliff n’avait pas l’intention de rester dans cet orphelinat minable très longtemps, ou du moins, il n’avait pas l’intention de rester un idiot toute sa vie. La vie dans un tel endroit aiguisait les sens, ou du moins, lui, s’appliquait-il à aiguiser les siens. Il était difficile d’expliquer pourquoi, mais il sentait déjà qu’un grand sens de l’observation et qu’une analyse pointue des comportements, ne serait-ce ceux de ces enfants sans beaucoup d’intérêt, allait beaucoup l’aider plus tard. Il ne savait pas l’expliquer, c’était tout simplement une intuition. Il refusait d’être un garçon stupide et qui attendait. Il refusait de remettre sa vie dans les mains du hasard ou de la chance. Alors, il entrait dans la bibliothèque et prenait des livres. La bibliothèque n’était pas vraiment un bel endroit. C’était sombre, et très poussiéreux puisque personne n’y allait jamais. Il y avait des adultes aussi mais même eux ne prenait pas la peine de lire. Ils n’avaient pas le temps. Dès son plus jeune âge, Heathcliff avait su que c’était un mensonge. Lui-même trouvait toujours le temps pour lire. Une fois faufilé dans la bibliothèque, il choisissait des livre et sortait : la pièce était si sombre qu’il était impossible d’y lire, ce qui était pourtant le but d’une bibliothèque. Il allait se réfugier dans le jardin, s’appuyait contre un arbre et commençait sa lecture, qui l’absorbait rapidement et le rendait imperméable aux bruits extérieurs. Mais bientôt, on avait trouvé cette lecture malsaine. Il lisait des livres qui n’étaient pas de son âge. Les livres n’ont pas d’âge, se disait-il. Et puis, il s’éloignait des autres enfants. Il ne voulait plus les approcher, soit parce qu’il lisait, soit parce qu’il ne trouvait plus leur compagnie agréable. Heathcliff se taisait mais n’en pensait pas moins. Il n’avait jamais apprécié la compagnie de ces enfants. Ils passaient leur temps à se plaindre sans essayer de trouver une solution et Heathcliff les trouvait détestable. Il ne se contentait pas de mépriser ceux qu’on lui reprochait de ne pas aimer, il méprisait aussi ceux qui tentaient de l’empêcher de s’instruire. Il refusait d’être stupide. Alors, ils avaient décidé de fermer la bibliothèque à clé et de cacher la clé. Cela prouvait que ces adultes n’avait rien compris à l’enfant Heathcliff, l’enfant qui n’en était plus un, si tant est qu’il en ait jamais été un. Heathcliff analysait leurs gestes, leurs allers venus dans la maison et trouvait sans peine la clé. Il se glissait dans la bibliothèque prenait des livres, reposait les clés et se réfugiait au grenier pour pouvoir lire tranquillement.
    Et puis, il avait été adopté. William et Jane, quand à eux, avaient beaucoup encouragé sa soif de savoir, et il s’était mis à penser qu’il allait être entouré de gens particulièrement intelligent. Cela dit, il avait observé rapidement et sans surprise qu’il n’en était rien. Au lycée, puis, plus encore, au milieu des différentes sociétés londoniennes, il avait affiné son estimation. Certes, ces gens-là aimait, admirait et louait l’érudition, mais pas l’intelligence. Il fallait être cultivé, mais non pas avoir des idées. Heathcliff avait donc pris l’habitude d’être poli et charmant, puis de se poster dans un coin de la salle et d’observer les gens qui y évoluaient. C’était une expérience édifiante. Plus que dans aucun cercle, là, tout était étudié. Le moindre geste, la moindre parole, le moindre sourire avait un sens caché. Heathcliff les déchiffrait avec délice, et en faisait part subtilement, l’air de rien. Il récoltait des regards surpris et des lèvres pincés. On admirait fort peu ce talent qu’il avait de mettre à nu une à une, chaque âme de la salle. On lui avait donc forgé une terrible réputation. C’était un jeune homme à l’humour très étrange, disait-on, et sous ses dessous charmant, il avait un esprit aiguisé rempli de sarcasmes. Il ne pouvait s’empêcher de s’amuser de la façon dont on avait tenté de le rendre inoffensif. Depuis des années, il vivait dans la société la plus manipulatrice qu’il lui avait jamais été donné d’observé. Cela dit, il se délectait du fait que, s’il le voulait, il pouvait amener chacun de ses membres à faire ce qu’il voulait. Il ne songeait pas cela par vantardise, loin de là. C’était un simple fait. Il était capable de faire faire à ces gens des choses qu’ils n’osaient même pas imaginer. Ils étaient cupides et prêts à tout pour briller ne serait-ce qu’un faible instant. Heathcliff pouvait causer leur ascension, leur apogée et leur chute tout à la fois et tout en même temps.
    Alors, oui, on pouvait dire qu’ici, Heathcliff s’amusait. Au milieu des gens, peut-être pas simple d’esprit, mais d’une intelligence moyenne, cela, il en était sûr, il s’amusait, parce que lui, et ce jeune homme, dont il ne connaissait rien – pas même son nom – il s’amusait à lire les esprits. Pour un peu, lui et le jeune homme n’avait même pas besoin de parler. Un regard, si inexpressif soit-il, un sourire, si invisible soit-il, suffisait pour qu’ils se comprennent. C’était un jeu pour des esprits qui s’élevaient au-dessus des autres, sans aucune prétention. Ils avaient même la décence de camoufler leur échange sous quelque chose d’anodin, quoiqu’un brin étrange. Il était bon de savoir qu’il existait dans Londres d’autres personnes capables d’intelligence. Et il ne pouvait pas prétendre en avoir trouvé beaucoup. Jude, sa meilleure amie, qui se révélait être une jeune fille perspicace avec un très grand sens de l’humour s’avérait être parfois d’une candeur surprenant sur certains sujets. Aussi Heathcliff se sentait-il comme quelqu’un qui venait de trouver une personne avec qui il aurait pu s’entendre. Oh, bien sûr, ce n’était pas possible, ce n’était pas comme s’ils allaient se revoir. On ne croisait pas des gens par hasard deux fois dans une ville telle que Londres : c’était trop grand. En plus, Heathcliff savait parfaitement qu’il ne devait pas se lier à qui que ce soit, aussi ferait-il prodigieusement attention. Cela dit, ce n’était pas une raison pour refuser un amusement qui se présentait. Le jeune homme lui-même s’était pris au jeu, il avait battu à plate couture son propre record du nombre minimum de mot dans une phrase. Fantastique. Heathcliff l’écouta avec attention. Tiens donc. Il acceptait, ou du moins, l’invitait à poursuivre. Parfait.

    « Eh bien, il se trouve que j’ai connaissance de ces procédés… Par ailleurs, elles nécessitent une parfaite cohésion. »

    Il jeta un regard au jeune homme pour lui faire voir que le jeu commençait vraiment maintenant, puis, il sortit son téléphone de sa poche et fit mine de parler en prenant un air horrifié, persuadé que le médecin, toujours penché sur ses fleurs l’observait avec attention. Il ne se donna pas la peine de parler vraiment, puisque le médecin de là où il se trouvait, ne pouvait l’entendre. Puis, il se tourna vers le jeune homme juste en face de lui et prenant un air paniqué fit mine de parler d’une voix pressante, alors qu’il lui intimait seulement de désigner le médecin de la main. Il obéit sans poser de questions et tout deux se levèrent pour aller à la rencontre de l’homme penché sur ses fleurs. Heathcliff avait parfaitement prévu sa petite histoire. Il ne s’était pas donné la peine d’imaginer quelque chose de particulièrement intelligent tout simplement parce que cette homme ne méritait pas un tel effort de sa part, et aussi parce qu’il tenait absolument à ce que l’homme soit pris à son propre jeu et qu’il se sente particulièrement embarrassé et ridicule, sans pour autant avoir d’autre choix que d’accepter la proposition absurde qu’allait lui faire Heathcliff. Mieux vaut ne pas jouer à malin, malin et demi, quand on n’est pas très… malin. Par chance, Heathcliff était un acteur très convainquant. Par plaisir d’abord, mais aussi par nécessité. On ne survivait pas dans les sociétés qu’il fréquentait sans faire semblant. C’était nécessaire. Et puis, c’était amusant, aussi. C’était une société mensongère, et alors ? Lord Byron, dont il était si particulièrement question, disait « Et après tout, qu’est-ce qu’un mensonge ? La vérité sous le masque… ». Au beau milieu de Londres, dans les beaux quartiers, de cette phrase l’on devait faire une devise, et Heathcliff l’avait fait. C’était pour cela qu’il avait su développer des arguments si convainquant et qu’il était capable de mener les gens à faire ce que lui désirait. Aussi s’approcha-t-il du médecin en prenant un air particulièrement inquiet. Mais l’explication qui suivit ensuite était sans doute la plus loufoque qu’on ait jamais donné. Mais c’était fait pour ça. Parce que c’était drôle de voir cet imbécile y croire totalement.

    « Excusez-moi monsieur, mais on m’a appris que vous étiez médecin. » Il lança un regard appuyé et emplit de reconnaissance sur le jeune homme qui l’accompagnait. « Mon père vient de m’appeler et il se trouve que ma mère vient de se trouver mal : elle ne peut plus respirer, elle est prise d’une violente allergie, probablement dû à la végétation du parc, et comme vous semblez être un expert en la matière, pourriez-vous aller l’aider ? J’ai peur que quelque chose n’arrive avant que les secours ne puissent venir. » Le médecin prit un air contrit et mal à l’aise mais Heathcliff prit un air désespéré et insista : « Elle est près de l’entrée nord. »

    Devant cet air de profonde détresse purement fictive, le médecin ne sut résister et marmonnant diverses choses d’un air passablement gêné, il commença à se diriger vers l’endroit indiqué par Heathcliff, à l’autre bout du parc, sans prêter aucune attention au fait qu’aucun des deux garçons ne le suivait. Heathcliff se mordit la lèvre pour ne pas rire et lança un regard de connivence au jeune homme qu’il venait juste d’aider en prenant le médecin à son propre jeu. Il y avait bien un kilomètre entre l’endroit où ils se trouvaient et il n’avait maintenant plus d’autre choix que d’y aller pour finalement n’y rien trouver. Heathcliff aurait probablement pu inventer une excuse plus vraisemblable mais celle-ci, qui l’était peu, était visiblement suffisante pour un esprit aussi petit que celui du docteur. Il avait l’air bien ridicule, maintenant. La prochaine fois, sans doute se ferait-il meilleur acteur et plus discret, cela lui éviterait sans doute d’avoir l’air d’un imbécile avec le nez dans les fleurs. Il allait probablement se sentir humilié en se rendant compte qu’on s’était joué de lui mais, que pouvait-on dire ? Un peu plus d’esprit et un peu moins d’idées ne lui aurait pas fait de mal. Heathcliff le regarda disparaître au milieu de la foule qui emplissait le parc avec un regard satisfait. Quelle que soit la raison pour laquelle le jeune homme voulait échapper à cette personne, il n’était pas prêt de le revoir. Il lui suffisait de sortir du parc de l’autre côté et de disparaître au milieu de la foule londonienne. Heathcliff devrait lui-même faire un détour, car son appartement se trouvait près de l’entrée nord et il prévoyait que le médecin, orgueilleux et peu perspicace, allait rester là longtemps avant de s’apercevoir qu’on s’était joué de lui. Joué. C’était le mot exact. Tout cela n’avait été qu’un jeu au détriment d’une personne peu brillante. Ce n’était peut-être pas très gentil, mais qu’importait. En le regardant s’éloigner, Heathcliff ne se sentait pas coupable, mais plutôt très amusé. Il se demandait aussi qui avait bien pu avoir l’idée saugrenue de remettre son diplôme à cet homme. La possibilité d’être soigné par un médecin aussi stupide paraissait particulièrement effrayante. Mais Heathcliff se souvint qu’il appartenait à une catégorie étrange, celle des gens inclassables. Dans le monde des autres, on croyait qu’on pouvait être stupide et compétent à la fois…
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MessageSujet: Re: "Pour fuir les hommes, faut-il donc les haïr ?" ~ Alistair   Mar 25 Oct - 15:00

Le jeu continuait, l'inconnu développait ses talents. Alistair répondit d'un regard à celui appuyé du jeune homme. Et, tandis qu'aux yeux des autres, il semblait entretenir une conversation mouvementée, le pianiste désigna du doigt le médecin, en ami soucieux d'aider qu'il était. Alors ils se dirigèrent vers l'homme et le liseur inventa une histoire simple mais suffisamment efficace pour le médecin, l'enjoignant à se diriger vers l'entrée nord, où sa mère se trouvait mal. L'entrée nord était loin d'eux, c'était un très bon choix, et le temps que le médecin se rende compte qu'il s'était laissé prendre au piège, il serait trop tard.

« Lord Byron avait vraiment d'excellents procédés. »

Son visage, comme souriant. Sa phrase, comme un remerciement.
Mais autant il n'y avait que l'impression d'un sourire, autant ce n'était pas pleinement un remerciement. Alistair n'avait jamais remercié de toute sa vie. Cela ne faisait pas partie de son vocabulaire. Il ne savait remercier qu'envers les chevaux et ce n'était pas un remerciement, c'était une félicitation.
Mais c'était mieux que rien, n'est-ce pas ?

Il ne lui restait plus qu'à quitter le parc. C'était assez étrange. Il avait parlé à un inconnu, là, comme ça. Ils avaient joué à un jeu d'intelligence, découvert qu'ils partageaient tous deux cette aptitude subtile à se comprendre en paraphrases, en avaient usé, et ils allaient chacun reprendre leur chemin. Ce n'était pas si étrange, de se dire qu'il ne le reverrait jamais. Londres était immense. Et ce n'était pas cela qui touchait le comédien. C'était là, comme ça. Presque trop brutalement, quand il n'avait jamais été habitué à la douceur. Ou peut-être l'avait-il trop été. La partie était fini, le jeu était achevé. La seule personne intelligente qu'il avait rencontrée depuis son arrivée s'évanouirait, et de sa vue, et de son esprit. Il ne se souviendrait bientôt plus de cette étrange sensation qu'avait été la main de l'inconnu sur son poignet, lui qui était si peu habitué à être touché. Ce n'avait pas été un contact dur et désagréable, mais quelque chose de doux et très léger, néanmoins plutôt ferme, pour parvenir à l'inciter à s'asseoir. Pour peu, il en eût presque été gêné, voire troublé. C'était doux et furtif, un peu comme l'envol d'un papillon. Mais dans quelques temps, il ne s'en souviendrait plus. La mémoire était fausse, la mémoire se jouait de tous. La sienne, surtout. Elle se jouait particulièrement de lui. Ou plutôt, elle croyait devoir le protéger et ne faisait que l'anéantir. En lui effaçant des pans de sa vie, elle pensait l'aider. Mais il haïssait cette indépendance qu'elle avait prise, cette liberté qui n'aurait jamais dû être sienne, et depuis, chaque jour de sa vie, il craignait qu'elle ne lui retire de nouveau ses souvenirs. Il faisait tout pour se rappeler. Alors quand il écrivait des textes, même s'il s'agissait de textes de rien, de textes de faux, de textes d'irréel, il les conservait, pour ne pas oublier. Ils étaient garants de sa mémoire, quand bien même il n'y racontait pas sa vie. Ses carnets, c'était sa protection à lui contre lui-même. Il était obligé de faire cela : se protéger de lui-même. Il avait vu ce qu'elle avait fait, sa mémoire, en lui laissant du noir dans son esprit des années durant. Il avait vu quelle conséquence cela avait-il eu. Aussi devait-il, pour se protéger lui, pour ne pas donner raison au monde, se souvenir. C'était un impératif qui le torturait, parce que se rappeler était un effort terrible, qui faisait si mal parfois. Non pas pour les souvenirs eux-mêmes, mais parce qu'ils lui échappaient. Se souvenir, c'était la première des choses de sa vie qu'il devait faire. Sans ses souvenirs, tout recommencerait. Et il ne voulait plus. Il y avait eu tellement de choses cette période où tout lui était revenu, en traître, qu'il ne voulait plus. La deuxième des choses de sa vie qu'il devait faire, c'était se contrôler. Se contrôler, pour ce qu'il savait. Se contrôler, pour ce qu'il ignorait. Car qui lui disait qu'il n'y avait pas d'autres choses derrière ces souvenirs revenus ? Qui lui disait qu'ils étaient les seuls souvenirs manquants qui lui étaient revenus ? Peut-être y en avait-il d'autres. Et c'était cette question perpétuelle qui s'agitait dans son esprit. Cet énorme point d'interrogation. Est-ce qu'il savait tout ? Combien faudrait-il de sang encore pour qu'il se souvienne ? Et ensuite ? Qu'adviendrait-il ? C'était pour la réponse à cette question qu'il devait se contrôler.
On pourrait croire qu'en conséquence, il tenait un journal intime, ou une autre idiotie de ce genre. Mais Alistair n'en faisait rien. Ou peut-être après tout était-ce réellement dans ses dessins qu'il y mettait sa vie. Peut-être tous ces psy avaient-ils raison. Lui l'ignorait et ne cherchait pas à le savoir. Il aimait simplement frotter du fusain sur du papier. C'était aussi simple que cela. Il pouvait aussi bien noircir une feuille que donner des formes particulières. Cela lui était égal. Il ne savait pas ce qu'il mettait dans ses esquisses et ne cherchait pas à le savoir. La vérité viendrait d'ailleurs. Elle ne pouvait pas venir de lui, parce que lorsqu'elle avait éclaté, après des années, c'était d'autrui qu'elle était venue. Si c'était par lui que les réponses devaient s'exprimer, elles auraient jailli depuis longtemps. Car il était condamné pour toujours à être un cas, un patient, un numéro, quelqu'un à surveiller, un potentiel criminel (qu'il était déjà), un taré, un dingue, un fou. Un homme à avaler des cachets et aller aux rendez-vous de psychiatres, psychologues, psychanalystes, psychothérapeute, psy par dizaines. Certains patients se rebellaient et s'insurgeaient de ce statut, ne comprenant pas la passivité des autres, tel lui-même. Mais quoique tous ces révolutionnaires pensaient, il n'était pas passif, il n'était pas lâche, il n'était pas soumis. Tout ce qu'il n'avait jamais fait le prouvait. Mais cela, les autres ne le comprendraient jamais. Tout autant que les psy ne parviendraient jamais à saisir que ce n'était pas de lui que la fin de leur questionnement viendrait, mais de l'extérieur, comme d'une tache de sang sur le sable.
Non, il ne leur restait plus qu'à se séparer, et adieu beaux esprits, ceux du commun des mortels les retrouveraient bien assez vite.
Le médecin s'était éloigné d'un pas pressé, et c'était ridicule. Au moins, il serait tranquille pour un bout de temps. Le grand homme n'oserait plus le regarder en face après cette humiliation, bien qu'Alistair ne doutait pas qu'il veuille s'en venger, d'une quelque puérile manière. Peut-être même en assurant à ses collègues qu'il était un jeune homme dangereux, vicieux, torturé, manipulateur, à placer sous grande surveillance. Mais cela, c'était déjà ce qu'il y avait d'inscrit sur son dossier. C'était ce qu'il y avait écrit sur tous les dossiers de ceux qui avaient été hébergés chez madame Hennessy.

Après avoir échangé un regard qu'eux seuls pouvaient comprendre – peut-être était-ce un au revoir, un adieu, le plaisir de ce jeu – ils se quittèrent, se perdant dans la foule londonienne. Alistair était prêt à regagner un quartier plus adapté à sa condition.

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"Pour fuir les hommes, faut-il donc les haïr ?" ~ Alistair

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